La vie et le cancer
Créer des liens, gagner en confiance et se faire de nouveaux amis lors d’un atelier de BBDSP
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En cours de traitement
Patients (FR)
October 26, 2026
L’odeur du bouillon est ce dont je me souviens le plus de la maison de mon enfance. Je suis la fille de parents immigrés d’Asie du Sud-Est, élevée à Montréal. En grandissant, la santé occupait une place très importante dans nos vies. Ma mère est une grande adepte de la médecine chinoise et de la naturopathie. Elle nous préparait des bouillons, des bols verts et des tisanes. Nous avions des habitudes de vie si saines que la maladie semblait être quelque chose qui arrivait aux autres familles, pas à la nôtre.
Lorsque j’ai quitté le domicile parental, j’ai arrêté de boire du bouillon, car je n’en préparais jamais moi-même. Mais aujourd’hui, à 37 ans, le bouillon fait son retour dans ma vie. Ma mère m’apporte ses bouillons faits maison depuis que j’ai commencé un traitement contre un cancer du sein triple positif.
Lorsque j’ai senti pour la première fois quelque chose dans mon sein gauche, j’ai pensé qu’il s’agissait peut-être d’un canal obstrué, car je venais juste de finir d’allaiter mon fils. Mais comme la grosseur ne disparaissait pas une fois l’allaitement terminé, j’ai décidé de prendre rendez-vous pour une mammographie. Le médecin a insisté sur le fait que je n’en avais pas besoin, que j’étais trop jeune pour m’inquiéter. J’ai dû me battre pour moi-même : je voulais avoir l’esprit tranquille, et je sentais intuitivement que quelque chose n’allait pas.
Au moment de mon diagnostic, tant d’opportunités s’offraient à moi dans la vie, et je disais oui à chacune d’entre elles. Ma carrière marchait à merveille. J’ai un mari formidable et nos deux garçons, Mylo et Théo, qui sont le cœur de ma vie, allaient tous les deux à la crèche. Il y avait toutefois une chose : ma santé passait au second plan.
Ce qui m’a également choquée, c’est que je n’ai aucun antécédent de cancer du sein, ni du côté paternel ni du côté maternel. J’ai sept tantes, et aucune d’entre elles n’a de cancer. Ma grand-mère n’a jamais eu de cancer. Je pensais que cela signifiait que je n’aurais jamais de cancer, mais j’avais tort.
Je suis toujours sous chimiothérapie aujourd’hui. C’est très éprouvant mentalement. Quand je suis assise dans le fauteuil de chimiothérapie, je me dis : « Bon sang, j’ai un cancer. Et en ce moment même, de la chimio – un produit toxique – coule dans mes veines. » J’ai dû développer un état d’esprit très stable et solide pour accepter le fait que je doive subir ces traitements difficiles et lourds.
Tout au long de cette épreuve, Belle et bien dans sa peau (BBDSP) a été une véritable bouée de sauvetage. Ce programme a joué un rôle essentiel pour m’aider à retrouver confiance en moi et à m’intégrer à une communauté. J’ai participé à l’atelier de maquillage et j’ai trouvé cela très rassurant. Le fait qu’une professionnelle m’apprenne à dessiner mes sourcils m’a vraiment aidée.
J’ai également rencontré deux nouvelles amies ce jour-là. L’une commençait son traitement une semaine après moi et l’autre venait de terminer le sien ; c’était une survivante d’un cancer du sein triple négatif. Elle était aussi jeune que moi et d’origine asiatique – je me suis donc un peu reconnue en elle. Je suis restée en contact avec ces deux femmes depuis l’atelier – simplement pour discuter, échanger des informations et nous soutenir mutuellement.
Quand je repense à mon expérience avec BBDSP, je me souviens à quel point on a beaucoup ri lors de cet atelier. On a tous tendance à penser que le cancer est quelque chose de très triste, mais il y avait vraiment beaucoup de joie dans cette salle.
Ces liens ont beaucoup compté pour moi. Le fait que mes amis et ma famille prennent de mes nouvelles a également été très important. Et mes enfants m’aident à garder les pieds sur terre. Grâce à eux, je mène une vie à peu près normale. Ils ont besoin de moi, et ils me donnent un rythme de vie.
C’est comme si l’univers m’avait dit de lever le pied après mon diagnostic. Ça n’a jamais fait partie de mon ADN, mais le temps a vraiment ralenti. Je me suis remise à regarder des séries et des films qui font du bien, ce qui m’a fait du bien. Dans une vie « normale », sans cancer, on a toujours tendance à courir sans arrêt. Maintenant, je prends enfin les choses tranquillement.