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Peu avant le début de la pandémie, en janvier 2020, mon mari a reçu un diagnostic de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) et de flutter auriculaire, un trouble du rythme cardiaque. Nos activités ont donc été perturbées, comme nos séjours dans le Sud en hiver. Puis, un ou deux mois après son diagnostic, j’en ai aussi reçu un.

J’ai remarqué du sang dans mon urine, alors je suis tout de suite allée chez le médecin. Elle m’a fait passer des examens et une échographie, suivie d’un rendez-vous chez l’urologue. Nous habitons à Pilot Mound, au sud-ouest de Winnipeg, et j’ai dû aller en ville pour mon rendez-vous. L’urologue m’a demandé de voir un spécialiste des reins et, après d’autres examens, le diagnostic a été confirmé : j’avais un cancer du rein droit.

Le septembre suivant, j’ai eu une opération pour retirer le rein, et tout était bien pendant un temps. L’été suivant, en 2021, je suis allée faire du kayak avec ma fille et, de retour à la maison, je suis allée aux toilettes en soirée et j’ai remarqué quelques gouttes de sang. Je me suis affolée et j’ai laissé un message au bureau de mon médecin. Sa réceptionniste m’a rappelée le lundi matin pour me demander de me venir immédiatement. Et un nouveau diagnostic n’a pas tardé : cancer utérin. J’ai été opérée une deuxième fois, en décembre, pour retirer l’utérus.

Mon frère est mort d’un cancer en 2013; il n’a pas eu le temps d’être opéré. Les médecins ne pouvaient rien faire pour lui et il est décédé en l’espace de quelques mois. Alors chaque fois que je recevais un diagnostic, j’étais reconnaissante de pouvoir être opérée. J’avais cette chance, alors je la saisissais. Je me disais « bon, je vais me faire opérer, ils vont tout retirer, j’ai cette chance ». J’ai sincèrement cru que j’allais vaincre cela. Quand on a un cancer, je crois qu’il faut être positif, avoir une bonne attitude et s’entourer de gens positifs.

Après les chirurgies, j’ai eu six séances de chimiothérapie. Cela n’a pas été facile. Après chaque traitement, j’étais bien pendant deux ou trois jours puis je réagissais durement, au point d’être alitée pendant trois ou quatre jours, totalement exténuée et nauséeuse. J’ai gardé un journal tout au long de mon traitement, notant comment je me sentais chaque jour – goût métallique dans la bouche, engourdissement et picotements dans une jambe. J’ai aussi souffert mentalement. Je pleurais beaucoup de façon imprévisible. Je trouvais intolérable d’être alitée, incapable de faire quoi que ce soit. Je ne suis pas du genre à rester assise à ne rien faire. Je suis une personne active. J’ai 73 ans et j’aime être active – le kayak, la pêche, jouer avec mes petits-enfants, voyager avec mon mari, jardiner. Mais ces jours-ci, j’ai moins de force et je ne dois pas m’exposer au soleil.

La perte de mes cheveux pendant la chimio ne m’a pas vraiment dérangée. Mais j’ai participé à des ateliers Belle et bien dans sa peau sur les soins de la peau et les cosmétiques, et c’était magnifique. J’avais besoin de soutien. J’avais la peau sèche, la tête chaude et le corps me démangeait partout. J’ai aimé apprendre sur la crème solaire, le maquillage et la création de sourcils d’apparence réaliste. L’animatrice était terre à terre, les conseils étaient pratiques. Cela m’a beaucoup plu.

L’atelier m’a également aidée à me sentir plus positive. Ce qui me ramène à ce que je disais à propos de l’attitude. Je crois que c’est si important de garder un état d’esprit positif, d’être optimiste, de croire que le traitement fonctionnera et de savoir que je serai de nouveau bien. Pour toute personne qui doute, ce type d’atelier peut aider à donner de l’espoir. Et tout le monde a besoin d’espoir et de trouver une façon de rester positif pendant un cancer.

Peu de temps après mon diagnostic de cancer du sein, j’ai perdu mon emploi. C’était au printemps 2020, et la banque où je travaillais procédait à des réductions d’effectifs majeures en raison d’une restructuration causée par la COVID. J’ai été mise à pied.

Au début, j’ai eu l’impression que tout allait mal en même temps : ce coup dur pour ma carrière, mon diagnostic, une mastectomie partielle entraînant des découvertes surprenantes et décevantes, puis une chirurgie plus importante encore suivie d’un rétablissement compliqué. Ça représentait plusieurs chocs en série. Mais entre tout ce qui se passait, la perte de mon emploi était la meilleure chose qui pouvait m’arriver, car cela me permettait de me concentrer sur mon traitement et de prendre soin de moi.

La mise à pied m’a permis de réaliser enfin un de mes projets, celui de publier mon premier livre pour enfants. J’ai accompli cela pendant mon traitement. Le livre s’intitule The Thing with Wishes, qui raconte le fait d’être reconnaissant de ce que nous avons. Nous pouvons avoir de grands rêves et de grands désirs, mais parfois il faut regarder autour de soi et simplement être reconnaissants de ce que nous avons ici même, en ce moment. Je me suis inspirée, pour cette histoire, de ce que je vivais à ce moment.

Dans la version classique de Pinocchio, la chanson dit « Quand on prie la bonne étoile, nos rêves deviennent réalité ». Toutefois, il arrive que, quel que soit le souhait, la vie ne se déroule pas comme nous l’imaginons. Le cancer n’est certainement pas dans les projets ou les rêves de qui que ce soit. La route a été longue pour moi, depuis le diagnostic en 2020 à la fin du traitement en avril 2022. J’ai fait six séances de chimiothérapie, et une horrible réaction allergique au traitement, puis un mois et demi de radiothérapie. Il y a eu des jours où je me sentais vraiment abattue. Je me suis même demandé si j’allais voir ma fille obtenir son diplôme de huitième année, sans penser à celui du secondaire. Heureusement, je ne pense plus de cette façon aujourd’hui. Je me concentre sur le fait de vivre chaque jour de ma vie du mieux que je peux.

Mon mari, ma fille de treize ans et moi sommes des passionnés de Disney. Nous planifions un voyage une fois par année. En août, nous sommes allés à Disney World, en Floride, et l’anticipation de cette excitante expérience m’a aidée à subir mon traitement. Cette passion m’a également aidée à traverser l’épreuve. Je sais comment trouver du plaisir et de la magie dans une expérience.

Quand j’ai perdu mes cheveux pendant la chimio, ce fut très difficile. Je me suis toujours perçue comme une personne forte, confiante et autonome, mais quand j’ai commencé à avoir l’air malade, les gens se sont comportés différemment avec moi. Ça ne m’a pas plu. Les ateliers Belle et bien dans sa peau m’ont aidée à ne pas avoir l’air malade. J’ai appris à nouer des foulards et à appliquer du maquillage. Et je me suis amusée à le faire. Quand mes amies m’ont demandé ce que je voulais pour Noël, j’ai répondu que je voulais des chapeaux. Et j’en ai reçu plusieurs qui sont splendides – des chapeaux amusants, des tuques pelucheuses et de jolis foulards, et même un chapeau du père Noël rigolo que j’ai porté tout au long des Fêtes. Je prenais des photos bouffonnes avec les chapeaux, que j’envoyais à mes amies. Et mon mari m’a acheté une tuque magnifique dotée de longs cheveux bruns, semblables à mes vrais cheveux, et je la portais pour assister aux matchs de hockey de ma fille. Je me sentais différente, mais je réussissais à avoir du plaisir avec la tuque et cela me donnait de l’assurance.

Ce ne sont pas les grands rêves et désirs qui sont importants, mais plutôt la gratitude pour ce que nous avons aujourd’hui, autour de nous – comme de grands amis, un mari et une fille formidables, et des chapeaux rigolos qui me font sourire.

Souvent, nous, les hommes, ne demandons pas de l’aide. Nous sommes comme ça, c’est tout, ou peut-être avons-nous grandi comme ça. C’est certainement la façon dont j’ai été élevé – être fort, coriace et autonome. Alors, il arrive que nous nous en remettions à nous-même et ne fassions pas appel aux autres, même quand nous avons besoin de soutien. Heureusement, je crois fermement qu’il faut toujours apprendre et évoluer. Quand j’ai eu un cancer, j’ai réalisé à quel point j’avais besoin de soutien et d’une communauté. Que ce soit mes amis et ma famille, mon groupe de hockey, un psychologue ou l’atelier Belle et bien dans sa peau, je me suis finalement rendu compte que je n’avais pas besoin de vivre cela – ou la vie – par moi-même.

Je suis comptable, mais une partie importante de ma vie en ce moment, et ma plus grande passion, c’est d’arbitrer au hockey. J’arbitre toute sorte de matchs de hockey, allant d’équipes masculines adultes aux juniors. Et je suis mentor pour des jeunes qui veulent devenir arbitres. J’ai fait mes débuts en tant que coordonnateur d’arbitres dans ma communauté quand mon fils était encore enfant et jouait au hockey. Quand il est devenu assez grand, je lui ai demandé s’il voulait en faire l’essai. Aujourd’hui, à 21 ans, il occupe un rang plus élevé que moi comme arbitre. Parfois, nous nous retrouvons sur la patinoire pour arbitrer ensemble et j’adore ça. Être arbitre m’a maintenu dans le jeu et m’a beaucoup appris sur moi-même – comment composer avec des difficultés, comment prendre des décisions rapides et les défendre, et comment constamment me mettre au défi et m’améliorer. J’apprends continuellement sur la patinoire, que ce soit avec un arbitre de 13 ou 65 ans que dans des situations particulières.

Lorsque j’ai reçu un diagnostic de tumeur neuroendocrinienne de l’intestin grêle et d’un cancer du foie de stade 4, j’ai été bouleversé. Mon médecin me disait que ce n’était pas si grave, que c’était gérable, que tout irait bien. Elle était si calme. Elle m’a dit qu’il existait un traitement et que s’il ne fonctionnait pas, il y avait d’autres options. Mais je ne pensais qu’au fait que ma mère et ma belle-mère étaient décédées d’un cancer. J’ai deux enfants au début de la vingtaine, une conjointe, et une belle vie. Le diagnostic m’empêchait de dormir la nuit.

J’ai eu la chirurgie recommandée puis il ne restait plus qu’à attendre mon congé de l’hôpital. J’avais hâte de retrouver ma vie et de retourner sur la patinoire. Mais des complications m’ont retenu à l’hôpital deux semaines et demie de plus que prévu. Étant sous perfusion intraveineuse, j’ai perdu 13,5 kg. J’avais l’air faible et certains me croyaient sur mon lit de mort. Les médecins m’avaient dit que je retrouverais une vie normale dans deux mois environ, mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Et quand finalement j’ai reçu mon congé, d’autres problèmes et complications sont survenus et ont entraîné des séjours à l’hôpital encore plus prolongés. Pendant ce long processus, j’ai connu un épisode de dépression. Et j’ai demandé de l’aide, ce qui s’est avéré la meilleure chose que j’aie pu faire. J’ai parlé à des gens et maintenant j’ai une équipe, y compris un psychologue.

J’ai également participé à un atelier de Belle et bien dans sa peau. Pour les hommes, il n’existe pas grand-chose dans ce domaine – et comme je l’ai dit, nous ne cherchons pas souvent à être aidés quand il le faudrait. Mais lorsque j’ai entendu parler de cet atelier, j’ai été très intéressé et il couvrait des sujets auxquels je ne prêtais aucune attention – comme soigner une peau sèche et écaillée, se raser de façon sécuritaire pour moins d’irritation, et gérer la perte des cheveux. Je me suis dit que plus j’en savais, mieux cela valait. Et l’atelier était super. L’animateur était très positif et amusant. Il a partagé de nombreux conseils et astuces et tout avait l’air si facile. Je l’ai trouvé compétent et on pouvait vraiment s’identifier à lui; il était ouvert aux questions et aux commentaires. Maintenant j’utilise un hydratant et un cache-cernes pour les taches ou les rougeurs si je sors ou si je veux soigner mon apparence générale. Pendant longtemps, je ne m’en suis pas soucié. Mais cela m’aide à me sentir un peu mieux, ce qui est positif. C’est devenu une bonne routine qui me permet de me sentir mieux dans ma peau – plus confiant. Mon objectif, c’est de retrouver qui j’étais avant, et chaque petit pas positif aide.

Les petites choses font une grande différence et c’est pour cette raison que je parle de ce que j’ai traversé. Je raconte aux jeunes arbitres à qui je donne une formation à quel point j’étais déprimé et comment j’ai obtenu de l’aide. Je veux qu’ils sachent qu’ils ne devraient jamais se sentir mal à l’aise de demander de l’aide et qu’ils ne devraient pas faire les « durs à cuire » sur cette question – nous avons tous besoin d’aide à un moment donné.

Si vous me voyez sur la glace ces jours-ci, vous me verrez affichant un grand sourire. En fait, le matin, je me réveille avec le sourire aux lèvres. Je me sens vraiment positif ces temps-ci. Avoir un cancer m’a appris à profiter de chaque jour. Je ne laisse plus les choses me déranger autant. J’apprécie beaucoup le temps que je passe avec ma famille et les gens que j’aime. C’est difficile à expliquer mais ma perspective a changé. On dirait que chaque jour est un jour neuf, et j’ai la chance d’apprendre de nouvelles choses – ce qui est formidable. L’une des choses les plus importantes que j’aie apprises durant mon expérience de cancer, c’est d’utiliser les outils et de demander de l’aide. Je n’ai pas grandi avec cette façon de penser – c’est quelque chose que j’ai dû apprendre par la force des choses. Utilisez toute votre équipe. Comptez sur votre communauté. Posez des questions. Et soyez heureux, appréciez le temps que vous avez, car il n’y a pas de garanties.