Jusqu’à maintenant, j’ai eu deux chirurgies – une mastectomie partielle et une dissection des ganglions lymphatiques. Mon apparence physique a changé, mais je ne m’en fais pas. Je porte encore des maillots de bain et de petits hauts sans bretelles. Si quelqu’un remarque une cicatrice, ça m’importe peu.
J’ai toujours fait des efforts pour être en forme et avoir belle apparence. J’ai quatre garçons, et souvent les gens m’ont dit : « Wow, tu as eu quatre enfants? Tu as de la chance, tu parais super bien! » Mais je me disais : « Ce n’est pas de la chance, je fais de l’exercice et je mange bien. » Il a toujours été important pour moi d’avoir belle apparence. Avec le cancer, soudain, peu importait ce que je faisais, j’avais la meilleure apparence possible selon le moment que je vivais. Or, ce n’était pas exactement où je souhaitais être. C’était très dur. Et ça l’est encore aujourd’hui.
Toutefois, j’en suis arrivée à me sentir à l’aise avec mon apparence après le cancer. Qu’on ne s’y méprenne pas : les changements ont été difficiles. Le plus éprouvant a été la perte de mes cheveux, pas de doute. Je m’ennuie encore de mes longs cheveux. Et quand ils se sont mis à tomber, je me suis revue petite fille, regardant ma mère perdre ses cheveux pendant son traitement pour une tumeur au cerveau. Je me regardais dans le miroir en pensant : « Je deviens ma mère. » Elle n’est plus avec nous aujourd’hui, et c’est pour cela que c’était effrayant.
« Effrayant » est le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à mon épreuve de cancer. Dès le début, j’ai ressenti de la peur. Il y a deux étés, lors d’une magnifique soirée ensoleillée, j’étais assise dehors pendant que mon conjoint préparait notre souper à l’intérieur. J’avais l’habitude de poser ma main sous mon bras dans un geste de détente, et c’est à ce moment que j’ai senti une bosse. J’ai appelé mon médecin, et à partir de ce moment les choses ont bougé rapidement. On m’a fait une biopsie, j’ai trouvé cela effrayant. Au cours des 10 mois qui ont suivi, je ne peux même pas vous dire le nombre d’examens, de biopsies, de radiographies, de tomodensitométries et d’IRM que j’ai eus. C’était le flou total. J’ai eu l’impression d’avoir besoin d’un assistant personnel pour gérer tous ces rendez-vous.
Cependant, mon équipe a été formidable et même si tout était très effrayant, j’avais confiance en elle.
Ma participation à des ateliers Belle et bien dans sa peau a également contribué à apaiser la peur. Quand j’avais peur, les ateliers me permettaient de me réunir avec d’autres femmes et nous traversions cela ensemble. J’ai senti un esprit de communauté et je me suis sentie moins seule. Nous n’en étions pas toutes à la même étape dans les traitements, mais j’ai pu comprendre où les autres en étaient, ce qu’elles avaient traversé et donc ce qui m’attendait.
Les femmes qui animaient les ateliers étaient bienveillantes, empathiques et encourageantes. J’ai reçu de l’information si précieuse. J’avais besoin qu’on me rappelle de prendre soin de moi. Et j’ai réalisé que les petites choses, aussi minimes soient-elles, comme le cache-cernes sous les yeux après une mauvaise nuit, pouvaient me faire sentir beaucoup mieux. J’ai également adoré l’atelier sur les prothèses et solutions capillaires. Je suis reconnaissante d’avoir pu acquérir une prothèse capillaire, mais je ne me sentais pas à l’aise de la porter lors de mes traitements à l’hôpital. J’étais entourée de gens qui vivaient la même chose que moi et en portant ma prothèse, je ne me sentais pas solidaire. Mais je n’avais pas encore découvert toutes les autres options, comme les chapeaux, les foulards et tout.
Maintenant, mes traitements sont terminés. Je fais de nouveau toutes les choses que j’aime – assister à des concerts indies avec mon conjoint dans des salles de spectacles de Toronto, faire du kayak et du vélo, du yoga, passer du temps avec mes enfants adultes et travailler pour une maison de courtage. Je me concentre sur la pleine conscience et je reste positive. Je compte parmi les positifs, mon excellente équipe de médecins, le pays magnifique où je vis, l’accès à des soins de santé et ma formidable communauté – c’est-à-dire un merveilleux conjoint, des enfants remarquables et un réseau d’amis incroyables. Mon cœur est rempli de positifs.
Quand j’ai découvert la masse, je n’étais même pas inquiète – elle était située bien haut, au-dessus du sein, environ à mi-chemin entre le cou et le mamelon. C’était en pleine COVID, mais mon médecin m’a tout de même donné une requête pour une mammographie et une échographie. Ce n’était sans doute rien, croyait-il, car j’avais des kystes bénins dans les seins depuis le début de la vingtaine, mais il préférait vérifier. Or, quand j’ai vu l’expression du technicien en mammographie, j’ai compris que quelque chose n’allait pas.
Trois semaines plus tard, mon médecin m’a communiqué les résultats et j’ai été bouleversée. Il a organisé une rencontre avec un chirurgien. Puis j’ai eu une biopsie, rapidement suivie d’une opération. Les analyses postopératoires ont révélé que le cancer était agressif, contrairement à ce qu’avaient estimé les médecins. J’ai donc fait de la chimiothérapie et de la radiothérapie.
À l’étape initiale du diagnostic et lors des premiers jours de traitement, je ne savais pas comment j’allais faire pour composer avec tout cela, encore moins comment j’allais vivre une vie normale. Mais avec le temps, j’ai commencé à accepter ma nouvelle réalité. J’ai pu compter sur mes amis et ma famille, surtout ceux qui avaient vécu la même expérience – ils ont été d’une aide immense. Mes amis ont partagé avec moi de belles pensées, et m’ont offert des cadeaux et des repas. J’étais très touchée, car je réalisais à quel point j’étais aimée. Ils ont été là pour moi jusqu’au bout, et m’ont constamment remonté le moral.
J’ai les cheveux courts, mais je ne voulais tellement pas devenir chauve. Cet aspect a été difficile. Regarder mes cheveux tomber dans la douche, et partout ailleurs, était un rappel que c’était bien vrai : j’avais le cancer. Aussi, avoir à porter une perruque m’a perturbée au début, surtout parce que ma fille allait se marier et je voulais tant avoir une apparence qui me ressemblait. Bien sûr, je me souciais beaucoup plus de ma santé que de mon apparence physique, mais j’ai été inévitablement frappée par le changement d’apparence radical. J’avais perdu mes cheveux et mes sourcils et mon teint était pâle. Quand je me regardais dans le miroir, j’étais encore plus accablée tellement je me sentais différente. J’ai voulu me donner meilleure mine et apprendre comment améliorer mon apparence pour le mariage de ma fille. Je me suis donc inscrite à un atelier Belle et bien dans sa peau.
L’atelier a été fabuleux. Quand nous avons abordé le sujet des prothèses capillaires et qu’une femme à la personnalité pétillante a enfilé une superbe perruque aux cheveux courts, je me suis sentie si inspirée. Les animatrices étaient douées et remplies de compassion. Elles ont parlé de leur propre expérience, ce qui a établi une véritable chimie. Je suis repartie avec d’excellents conseils – perruques, crayons pour les yeux, application du fard à joues. Il y a un proverbe qui dit que lorsque vous paraissez bien, vous vous sentez bien, et c’est si vrai.
Ma fille s’est mariée l’été dernier, et j’avais très belle apparence pour l’occasion. J’avais des cheveux. Et, surtout, je me sentais magnifique.
Je suppose qu’il n’y a jamais de « bon moment » pour avoir le cancer, mais je ne peux m’empêcher de penser que le facteur temps n’a pas joué en ma faveur. J’ai reçu mon diagnostic pendant la pandémie. Pendant ma chimiothérapie, le père de mon mari est décédé; et mon fils, Christopher, n’avait que quatre ans. Les choses n’ont pas été faciles.
Tout a commencé en décembre 2020, autour de la veille de Noël. Lorsque j’ai découvert une masse dans mon sein, j’ai vite consulté mon médecin de famille. Il m’a fait passer une mammographie et une radiographie. Tout est bien, m’a-t-on dit. Puis au printemps, j’ai senti une autre masse, mais, encore une fois, mon médecin m’a dit de ne pas m’inquiéter. Or, pour moi, cela ne me semblait pas normal. Cet été-là, quand la masse a grossi, je suis retournée pour une consultation et on m’a dit qu’il me fallait une biopsie. À partir de ce moment, tout a déboulé rapidement.
En septembre 2021, j’ai appris que j’avais un cancer du sein qui s’était répandu aux ganglions et était agressif. Toute ma vie, j’ai été une personne en santé – je mangeais bien, faisais de l’exercice et n’avais jamais eu de sérieux problèmes de santé. Le diagnostic était donc difficile à accepter.
Soudain, j’étais submergée par les examens et les rendez-vous médicaux, puis j’ai été propulsée dans un univers de traitements, en commençant par une mastectomie et une lymphadénectomie pour ensuite faire de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Ce fut éprouvant. Mon mari, Chad, me conduisait à l’hôpital pour mes rendez-vous de chimio, mais ne pouvait rester en raison des protocoles de COVID. La pandémie nous empêchait également de voir la famille ou recevoir tout le soutien dont nous aurions tant aimé bénéficier. Je suis une introvertie, mais j’ai tout de même trouvé cela difficile. Je me suis sentie isolée. Et malgré des problèmes de nausées, de douleurs osseuses et d’épuisement, je ne pouvais m’offrir le luxe de rester au lit toute la journée, car mon jeune enfant avait besoin de moi.
Parler du cancer à un enfant de quatre ans n’est pas une tâche facile. J’ai toujours surveillé ce que je disais et choisi mes mots. Christopher a de toute évidence été touché – il se colle à moi et ne veut pas me laisser. Mais, somme toute, il est très résilient; il a été super. J’en suis très reconnaissante.
Pendant la chimio, Chad m’a rasé la tête. J’ai pensé en être traumatisée – j’adorais mes longs cheveux bruns – mais au bout du compte, ce fut un très beau moment. Christopher m’a tenu la main tout au long et a dit : « Tu fais bien cela, maman. Tu es très belle. »
Avant la COVID, et avant même le cancer, j’avais cette idée grandiose de voyager aux quatre coins du monde avec mon mari et mon fils. Le cancer a tout balancé en l’air – finis les voyages, même la préparation du souper était négligée. Le soir, quand je bordais Christopher, je m’endormais avant lui. Un dur manège, mais nous nous en sommes sortis.
Les ateliers de Belle et bien dans sa peau ont été une magnifique source de soutien. Je voulais des conseils professionnels sur tout, depuis les soins de la peau au port de foulards. C’est ma travailleuse sociale qui m’a parlé des ateliers. Je les ai tous suivis et ils ont répondu à toutes mes questions – même celles auxquelles je n’avais pas encore pensé. Je voulais bien accepter mon apparence – après la mastectomie et la perte des cheveux – mais je ne voulais pas avoir l’air affreuse. Je tenais à avoir l’air de moi-même et à me sentir bien. Les ateliers m’ont apporté une aide immense. Et d’être entourée de toutes ces femmes qui en étaient à des stades différents de leur épreuve de cancer m’a également aidée. J’ai senti pour la première fois que je n’étais pas seule.
Le cancer m’a privée de plusieurs choses – j’ai dû prendre congé de mon travail, j’ai cessé de faire du bénévolat et d’accompagner mon fils au parc. Surtout, il m’a dérobé deux choses importantes : mon assurance et mon estime personnelle. D’avoir quelqu’un pour me guider, me tenir la main et m’aider à réaliser que je ne suis pas seule a vraiment contribué à ce que je retrouve mon assurance. Cela m’a remonté le moral.
Ces jours-ci, je me sens bien. J’aime mon corps et je suis reconnaissante de tout le chemin qu’il m’a permis de parcourir – avec lui j’ai traversé des chirurgies difficiles, la chimio, la radiothérapie. Et le fait de constater que je ne suis pas seule m’a donné de la force.
Quand j’ai appris que j’avais une stéatose hépatique, une cirrhose et une tumeur au foie, j’ai eu peine à le croire. Je me sentais pourtant bien – aucun effet négatif du tout! Mes médecins m’ont tout de même prescrit une chirurgie et une chimiothérapie, puis ils m’ont mis sur une liste d’attente pour une greffe. « Pourquoi moi? », me demandais-je. Mon dernier verre remontait à des années, à l’occasion d’un mariage. Le mot « greffe » ne m’était jamais venu à l’esprit, même lorsque je m’imaginais vieille et mourante. Mais voilà qu’à 62 ans, je me retrouvais sur une liste d’attente pour une greffe.
Le deuil comprend plusieurs étapes et l’une d’elles est l’acceptation. Quand j’ai finalement reçu un appel, en décembre dernier, pour m’informer qu’on avait un foie pour moi, je n’ai pas eu peur. J’ai plutôt senti que ce qui devait arriver arriverait. J’avais rédigé une lettre à chacun de mes enfants, au cas où.
J’ai reçu l’appel le 20 décembre, juste avant Noël. Je me suis rendue à l’hôpital le jour même et le 21 décembre, l’opération était faite. On m’a gardée à l’hôpital pendant 16 jours, et quand je suis retournée chez moi au début de janvier, tout était terminé, Noël, le jour de l’An… J’ai manqué toute la période des Fêtes. Tout le monde me disait : « Tu as reçu le plus beau cadeau, un nouveau foie. » N’allez pas croire que je n’étais pas reconnaissante, au contraire, je l’étais. Mais les gens ne sont pas conscients de tout ce qui se passe quand on attend. J’étais sur une liste d’attente depuis 13 mois. D’une certaine manière, tout a été si imprévisible, si soudain.
Maintenant, je me sens bien. Je prends environ 30 pilules par jour, mais je me sens vraiment bien – super bien, même. Je suis en congé de travail jusqu’à l’été et me concentre sur mon rétablissement. J’ai trois enfants, cinq petits-enfants et un autre est en chemin. Je suis enthousiaste à l’idée de passer du temps avec le nouveau bébé. Et j’ai hâte que mes cheveux allongent davantage. Ils poussent lentement et de façon inégale. Ils sont dressés sur ma tête – j’ai l’impression d’être un porc-épic.
Pendant mon traitement, j’ai perdu beaucoup de cheveux – ils tombaient partout, et par plaques. J’ai dû les raser. Après, toutefois, j’avais du mal à me regarder dans le miroir. L’allure de mon crâne chauve me perturbait tellement. L’hôpital avait un petit centre de prothèses capillaires et des bonnets, et c’est là où j’ai découvert Belle et bien dans sa peau (BBDSP).
L’atelier BBDSP et la trousse de produits reçue par la poste ont changé toute ma perception de moi-même. J’ai eu envie de soigner mon apparence. J’ai commencé à porter des boucles d’oreilles et à me maquiller pour mettre en valeur des traits positifs, comme mes yeux bleus. J’ai appris d’excellentes techniques : l’application des ombres à paupières, où commencer un trait de crayon pour ne pas créer des yeux tombants et comment bien appliquer du fard à joues.
Lors d’une conversation avec mon psychiatre, il a souligné que bien que les médecins traitent la maladie, il est important de considérer la personne dans son ensemble – comment elle se sent et se voit. Je suis tout à fait d’accord. BBDSP est une ressource importante parce qu’elle aide les gens comme moi à se sentir de nouveau normaux. J’ai été une patiente pendant si longtemps – j’ai subi de nombreuses interventions et reçu plusieurs mauvaises nouvelles. Je me suis sentie oubliée, comme si je n’étais plus qu’une maladie, non pas une personne. BBDSP m’a fait sentir de nouveau moi-même, et j’ai eu l’impression de retrouver ma vie. Quand je paraissais mieux, je me sentais mieux. Surtout, j’ai senti que j’étais moi, ou une nouvelle version de moi. Cela a fait toute une différence. Je ne suis pas mon cancer – je suis tellement plus.
Avant ma maladie, j’étais en excellente forme. Je donnais des cours de fitness collectifs à la salle de sport de mon quartier et faisais de l’exercice quasiment tous les jours. C’est un peu une passion pour moi et si je ne fais pas quelque chose d’actif chaque jour, je ne me sens pas bien. J’adore la marche, la randonnée et le vélo. En été, j’adore être dehors et je marche toute l’année. Et même si j’ai dû arrêter de donner des cours de fitness, j’adore encore y participer. C’est un sentiment extraordinaire que de voir tous ces gens avec des niveaux différents et des objectifs différents travaillant ensemble. L’esprit de communauté et l’énergie sont enivrants.
Le cancer touche tant de personnes. Quand j’ai soudain arrêté d’aller à la salle de sport tous les jours, les gens l’ont remarqué… et quand je suis revenue après 15 mois de traitement anticancer, ils voulaient tous savoir où j’étais passée. Je suis très ouverte sur le sujet. Je n’hésite pas à dire à tout le monde ce qui m’arrive. Cela m’a aidé à forger des liens avec tant d’autres personnes confrontées au cancer. En écoutant leur histoire, je prends du recul et je me sens moins seule.
Mon diagnostic est tombé sans crier gare. Je me sentais en pleine forme. C’était pendant la pandémie et j’étais en télétravail, comme tout le monde. Je me suis levée pour aller prendre un café et mon mari m’a dit qu’il avait entendu un grand bruit. Il s’est retourné : j’avais fait un malaise. L’instant d’après, j’étais entourée d’ambulanciers. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui s’était passé. Nous avons découvert que j’avais une tumeur dans deux des lobes du cerveau… inopérable. Elle devait être traitée chimiquement, par radiothérapie et chimiothérapie. Mon parcours contre le cancer venait de commencer.
Je suis quelqu’un qui vit à 100 à l’heure, toute la journée. Je suis comme l’infatigable lapin Energizer. J’ai plus d’énergie que mes ados. Cette chute d’énergie brutale a été une immense source de frustration. Je ne pouvais pas faire d’exercice physique intense et c’était très dur moralement. J’avais toujours eu des problèmes de poids, mais là, ils avaient explosé : je ne pouvais pas faire d’exercice, je prenais des stéroïdes qui me faisaient gonfler et pour me réconforter, je me tournais vers la nourriture. Ce changement physique avait un impact catastrophique sur ma confiance en moi. Je ne pouvais plus me regarder dans un miroir.
C’est une amie avec un cancer du sein qui m’a parlé de Belle et bien dans sa peau. Elle me parlait tout le temps de l’atelier avec enthousiasme. Elle avait vraiment passé un bon moment, rencontré d’autres femmes extraordinaires et était revenue chez elle avec un sac plein de produits géniaux… elle m’a dit qu’elle se serait crue à Noël. Alors, je me suis inscrite moi aussi. Au début, c’était juste une excuse pour m’enfermer dans ma chambre et être seule pendant une heure pour le wébinaire en ligne. Je l’attendais avec impatience, comme on attend d’aller au spa ou se faire faire les ongles. Mais je suis repartie en me sentant vraiment mieux dans ma peau!
Les conseils de maquillage se sont avérés pratiques et utiles, et c’était un vrai moment de détente, un peu comme bavarder avec une amie. Avec le cancer, notre vie peut être accaparée par les médicaments, les rendez-vous chez le médecin, les résultats d’analyses de sang et l’inquiétude pour l’avenir. Pouvoir parler avec d’autres femmes a vraiment été bénéfique. Pour moi, c’était ce qui comptait le plus : prendre du temps pour moi, parler de quelque chose de distrayant qui m’intéresse… c’est tellement important. C’est comme quand je fais de l’exercice : c’est à la fois du temps pour moi et du temps partagé avec la communauté. Cela m’aide à m’ancrer, à me sentir mieux mentalement et physiquement. Et c’est aussi ce que m’apporte Belle et bien dans sa peau.
Tout a commencé par un examen de la vue de routine. Mon optométriste faisait preuve de la diligence nécessaire, comme prendre des photos du fond de l’œil. Elle a alors remarqué une inflammation et m’a demandé de passer une tomodensitométrie en pensant qu’il pourrait s’agir d’un problème au cerveau. Le test n’a révélé aucun problème de ce côté, mais l’inflammation persistait.
J’ai alors commencé à valser d’un médecin à l’autre pour toute une batterie d’examens – tests sanguins, radiographies, IRM et trois différentes biopsies. Toute une expérience. Puis en novembre, les résultats ont confirmé que j’avais un séminome, un type de cancer du testicule.
Évidemment, personne ne souhaite pareille nouvelle. Quand j’ai reçu ce diagnostic, je vivais une période transitoire. Je venais d’entreprendre une nouvelle carrière dans la vente après des années dans l’industrie automobile. J’avais contemplé l’idée de prendre ma retraite, mais j’ai plutôt choisi de faire quelque chose que j’aime car, vous connaissez le dicton : si vous aimez ce que vous faites, vous ne travaillerez pas un seul jour de votre vie. Cette transition était si agréable comparée à mon rôle corporatif précédent avec ses réunions incessantes et ses IRC hebdomadaires. Je me plaisais beaucoup à faire quelque chose de nouveau.
De plus, ma fille aînée venait de se marier. Les Fêtes approchaient. Nous avions planifié un voyage et il y avait des choses à faire. J’avais 61 ans, et je n’ai rien vu venir.
Heureusement, en lisant sur le cancer du testicule, j’ai appris que le taux de réussite en matière de guérison est élevé, ce qui m’a beaucoup aidé mentalement. Je suis en plein traitement actuellement, je fais de la chimio tous les jours de la semaine et le samedi une infirmière vient me donner une injection à la maison pour augmenter mes globules blancs. Cette injection crée de la douleur dans tous les os de mon corps, comme si quelqu’un tranchait mes os avec une scie rouillée. Et la chimio n’est pas plus réjouissante. J’ai perdu mes cheveux et je perds du poids. Je suis chauve, mais je parais bien.
Peu importe ce qui se passe physiquement, ce qui compte c’est ce qui se passe mentalement. Et mentalement, je suis fort. Ma famille est derrière moi à cent pour cent, et tous sont forts mentalement. Nous sommes extraordinairement proches – inséparables. Et je lis la Bible et prie tous les jours. C’est le meilleur oncologue qui soit – le fait de croire en une force supérieure.
J’ai toutefois réalisé une chose pendant cette épreuve : un homme atteint d’un cancer peut se sentir très seul. Après avoir perdu mes cheveux, j’ai fait des recherches sur Internet pour trouver un chapeau ou quelque chose pour me couvrir la tête. C’était l’hiver et je voulais rester au chaud mais je voulais aussi bien paraître. Je cherchais le bon chapeau pour moi, pas de fioritures, de coutures en plastique ou de logo – peut-être quelque chose en tissu de bambou ou en laine de mérinos. Mais mes recherches n’ont rien donné. En fait, il y avait une foule de résultats, mais pour les femmes. Il y avait peu d’information ou de produits conçus pour les hommes.
Cependant, dans mes recherches, j’ai aperçu Belle et bien dans sa peau, et c’est comme cela que j’ai abouti dans un de leurs ateliers. L’atmosphère était si agréable – amicale, informative et pleine de soutien. Les produits qu’ils m’ont envoyés m’ont vraiment réjoui. En tant qu’homme, je n’ai jamais pensé que j’aurais besoin d’un hydratant ou encore d’un crayon à sourcils – mais quand on perd ses sourcils, on dirait que oui. Ce fut très utile de recevoir tous ces produits et d’apprendre à les utiliser. De plus, que l’atelier soit conçu spécialement pour les hommes, c’était merveilleux. Le cancer nous touche tous. Il ne cible pas un genre, une couleur de peau, une ethnicité ou une nationalité. C’est si important d’avoir une organisation comme celle-ci, qui est ouverte à tout le monde.
Sera : Quand on ne se sent pas bien mentalement, l’impact sur notre physique dans le processus de guérison peut être marqué. Pour moi, il est essentiel d’avoir belle apparence pour que je me sente mieux, et ce depuis longtemps. Avant mon diagnostic de cancer, j’ai souffert d’une maladie auto-immune, de fatigue chronique et de fibromyalgie. En d’autres mots, depuis une quinzaine d’années, je n’ai pas toujours été au sommet de ma forme. Et même quand je me sens moche, je tiens toujours à avoir belle apparence parce que cela m’aide à me sentir mieux. C’est une partie de ma réhabilitation.
Je suis en traitement de chimiothérapie actuellement, et je ne permettrai pas au cancer et au traitement de dicter mon apparence. D’accord, je suis chauve, j’ai le teint brouillé, la peau hyperpigmentée et sèche, mais peu importe. Je vais tenter d’avoir la mine la plus jolie possible en portant mon foulard avec style ou ma perruque, et en prenant soin également de ma peau. Je me maquille toujours quand je sors, même si ce n’est que pour me rendre à l’hôpital pour de la chimio. Je porte mes bottillons à talon – pas de veste avec pantalon assorti, mais bon. Que ce soit de la vanité ou pas, c’est en faisant cela que je me sens mieux. Être bien dans ma peau contribue grandement à mon processus de guérison. Je me sens davantage moi-même et en contrôle.
Quand on a le cancer, on sent une perte de contrôle. Mon épreuve a commencé pendant la pandémie. J’avais une toux persistante depuis des semaines après avoir contracté la COVID, et j’avais des difficultés respiratoires. Je me suis rendue à l’urgence, où on a fait une radiographie de ma poitrine. Le médecin, en remarquant des stries, a demandé que je sois vue par un pneumologue, qui lui m’a fait passer une tomodensitométrie. Les résultats ont montré qu’il y avait des nodules dans mes poumons et quelque chose dans mon sein gauche. La découverte était inattendue. J’ai passé une mammographie, une échographie et une biopsie. Puis on m’a annoncé les résultats : j’avais un carcinome canalaire de stade 1.
Frank : La nouvelle nous a frappés comme une tonne de briques. Nous nous sentions dans un tourbillon et nous avions du mal à saisir dans quelle situation nous nous trouvions.
Sera : Le diagnostic était vraiment moche. Les antécédents de cancer dans ma famille sont manifestes. Ma mère a eu un cancer du sein, comme toutes ses sœurs. Je n’étais donc pas surprise d’apprendre la nouvelle, mais j’étais tout de même secouée. Cela peut paraître ridicule et cliché, mais le diagnostic arrivait à un bien mauvais moment. J’étais très excitée de ma toute nouvelle promotion au travail. Frank et moi étions heureux de passer du bon temps ensemble et de voyager. Nous savourions également le temps passé avec nos deux enfants adultes. Frank, qui est entrepreneur, était occupé à mettre sur pied son entreprise. Je me suis soudain sentie dupée, et j’ai eu le sentiment « pourquoi moi, pourquoi maintenant ».
Mais il n’y avait qu’une chose à faire et c’était d’avancer. Après mon diagnostic, les choses ont bougé rapidement. En moins d’une semaine, j’ai eu une mastectomie partielle et la pathologie a révélé que le cancer était agressif et présentait des probabilités de récurrence. On m’a annoncé le traitement recommandé : chimiothérapie, radiothérapie et cinq ans d’hormonothérapie. Tant de choses ont changé en si peu de temps, et tout cela a commencé avec une simple toux. Nous avons vécu tout un tourbillon, mais il faut faire ce qu’il faut faire.
Après ma première séance de chimio, il a fallu moins de deux semaines pour que je perde mes cheveux. C’était difficile. J’étais connue pour mes cheveux longs, fournis et bouclés. J’ai dû m’habituer à cette perte, car pour moi c’était toute une affaire. Je ne crois pas que cela fait de moi – ou de toute femme qui ressent la même chose – une personne vaniteuse.
Durant cette même séance, mon infirmière en oncologie m’a donné beaucoup de ressources. Parmi ces ressources, il y avait le programme de Belle et bien dans sa peau (BBDSP), qu’elle me recommandait fortement. Quand j’ai vu qu’il s’agissait de soins de la peau, de maquillage, et de prothèses et solutions capillaires, je me suis tout de suite inscrite. Les ateliers ont été fantastiques – très interactifs et remplis de conseils. Je savais déjà comment appliquer du maquillage, mais j’ai appris beaucoup de choses, comme d’éviter d’utiliser le même applicateur à maquillage quand on est en traitement pour le cancer, et choisir plutôt des cotons-tiges et des tampons jetables. J’ai aussi beaucoup appris sur les accessoires pour la tête et les prothèses capillaires. Aujourd’hui, je maîtrise l’utilisation des foulards pour me couvrir la tête. C’était réconfortant de voir toutes les autres personnes de partout au Canada qui participaient virtuellement et qui vivaient la même chose que moi.
Frank : Perdre ses cheveux, voir sa peau changer, ce sont des choses qu’une personne ne vit pas normalement. Les cheveux font partie de l’identité des femmes et passer d’une chevelure follement belle, longue et bouclée à rien du tout, c’est nécessairement un choc énorme. Comment composer avec cela? Si une personne peut disposer de ressources pour l’aider, cela vaut de l’or.
Sera : Quand j’ai reçu la trousse, j’ai été si surprise! Je savais qu’elle me parviendrait par la poste. Mais quand j’ai vu la taille, et l’abondance de produits… Tout avait été prévu – du tonifiant au cache-cernes. Et cette trousse était offerte à des gens qui savent à peine comment s’y prendre pour les soins de la peau et le maquillage. J’ai pleuré. BBDSP avait pensé à tout. Je savais que de nombreuses personnes allaient bénéficier de ces produits, que cela leur apporterait le sourire et les aiderait à se sentir bien dans leur peau. C’est exactement ce que signifie le nom de l’organisation – belle et bien dans sa peau.
Frank : Ce que fait BBDSP est magnifique. Heureusement, nous ne manquons de rien, mais je sais que ce n’est pas le cas pour tous. Quand Sera a reçu la trousse, je me suis assis avec elle et pendant une heure, nous avons passé les produits un par un. Pour être honnête, je ne comprends rien à tous ces produits. Mais la réaction de Sera était incroyable. Tout ce qui peut aider une personne à traverser une épreuve comme le cancer mérite du soutien.
Les ateliers permettent aux gens qui vivent une situation semblable de se réunir, même si ce n’est que pour du soutien moral. J’ai vu Sera participer à l’atelier et je ne crois pas qu’elle n’ait jamais fait ce genre d’activité – elle était enthousiaste et comptait sur cela. Elle était prête quinze minutes avant le début de l’atelier, son matériel tout bien disposé devant elle.
De petites choses qui font une grande différence. Quel que soit le type de cancer, quand on perd le contrôle, on risque de se sentir démuni. Le cancer, surtout le type qu’a eu Sera, ne se manifeste pas nécessairement parce que l’on a fait quelque chose de particulier – ce n’est que de la malchance. Pour une personne comme Sera, qui aime « réparer » les choses, cela peut susciter des luttes intérieures. Il est donc incroyable de voir une organisation apporter de l’éclat et du bonheur à une personne qui traverse ce type de situation, qu’une organisation restaure un peu le sentiment de contrôle personnel.
Sera : Nous sommes tous les deux si reconnaissants pour tout ce que fait BBDSP. J’ai téléchargé leur plus récent magazine, et j’ai lu chaque page et regardé toutes les vidéos intégrées.
Frank : C’est dynamisant.
Sera : Exactement, c’est dynamisant. Grâce à eux, je me sens mieux et je vois que je vais m’en sortir. Quand je suis découragée ou que je m’apitoie sur moi-même, je feuillette les pages que j’ai marquées dans le magazine et je me dis « OK, tu vas y arriver! »
Frank : C’est exactement pourquoi j’ai été motivé à faire un don à BBDSP. Cette organisation aide les gens à se sentir mieux, et c’est quelque chose de puissant. Les gens découvrent BBDSP le jour où ils en ont besoin. Mais je suis si heureux que cette organisation existe.
Il se passait tant de choses quand j’ai appris mon diagnostic. Le monde entier souffrait beaucoup. J’ai commencé à avoir des symptômes étranges au tout début de la pandémie. Les gens étaient en confinement partout. Je sentais que quelque chose n’allait pas dans mon sein, mais j’étais en déni – puis je trouvais déjà que nous devions tous composer avant tant d’éléments. Je ne voulais pas causer encore plus d’émoi.
Bien avant d’être diagnostiquée, j’avais déjà une relation compliquée avec le cancer. Ma mère a eu un cancer du sein à 35 ans et est décédée à 40. J’avais alors 16 ans et, étant l’aînée de ses trois enfants, on s’attendait à ce que je m’occupe de mes jeunes frères. Quelques décennies plus tard, mon père est décédé lui aussi d’un cancer. Et, entre les deux, j’ai perdu plusieurs personnes – tantes, voisins et parents d’amis. Quand j’entends le mot « cancer », je me dis « oh non, cela ne finit jamais bien dans notre famille ».
Quand j’ai finalement appelé pour prendre rendez-vous avec mon médecin, j’ai dû attendre longtemps avant de le voir. Les médecins étaient surchargés et tout était prolongé. J’ai commencé à paniquer, car les mois passaient. De plus en plus, je sentais qu’il fallait que je prenne les choses en main, mais je ne savais pas comment faire et qui contourner. Je vivais une vraie lutte intérieure. Tout le monde avait ses épreuves, et je me disais que je devais vivre la mienne en silence. Enfin, un an après mes premiers symptômes, j’ai pu passer les examens nécessaires et j’ai reçu la réponse redoutée – j’avais un cancer du sein.
J’ai subi une mastectomie bilatérale avec reconstruction, suivie d’une hormonothérapie et de 25 séances de radiothérapie. Les défis et effets secondaires ont été nombreux, mais je les ai surmontés.
D’une certaine façon, j’ai vécu les meilleurs et les pires moments. Les pires sont évidents : le cancer est aliénant et la COVID n’a fait que compliquer les choses, les ralentir et m’obliger à subir les traitements dans la solitude. Mais c’était aussi le meilleur moment parce que je me trouvais en « hibernation » en même temps que le reste de la planète. Tout le monde travaillait de la maison. Mes enfants, tous deux dans la vingtaine, sont également venus rester à la maison. Mon mari et mes enfants m’ont prodigué des soins 24 heures par jour, 7 jours par semaine. Je n’aurais jamais eu cela si ce n’était de la COVID. Ce temps passé ensemble a été très spécial. J’ai pu par ailleurs me rétablir sans recevoir de nombreuses visites et, comme les gens partout dans le monde, je restais tranquillement chez moi sans toutes les obligations habituelles, et sans culpabilité. Tout le monde surmontait quelque chose et vivait un sentiment d’isolement.
La COVID a eu des effets positifs : j’ai pu, par exemple, participer à un atelier de soins de la peau Belle et bien dans sa peau de chez moi. Je ne crois pas que j’aurais eu l’énergie ou le courage de me rendre dans une pièce remplie d’inconnues pour suivre un atelier. Mais de le faire virtuellement a été libérateur.
J’ai toujours été, dès mon enfance, celle qui prodigue des soins, celle qui est la plus forte. C’était donc tout un revirement d’être celle qui reçoit les soins. « C’est à ton tour, on s’occupe de tout, tu peux compter sur nous », me disait ma famille. Et cela voulait tout dire pour moi. La COVID nous a permis de nous réunir dans le cocon familial. Je suis si reconnaissante de bénéficier d’un merveilleux soutien. Mes amis se sont également manifestés. J’ai une voisine qui, après une bordée de neige, a formé un cœur en marchant dans notre stationnement. Ensuite, elle m’a textée pour dire « regarde par ta fenêtre ». Les petites choses ont parfois un effet très significatif. Et les événements les plus sombres peuvent se traduire en moments tout à fait lumineux.
Peu avant le début de la pandémie, en janvier 2020, mon mari a reçu un diagnostic de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) et de flutter auriculaire, un trouble du rythme cardiaque. Nos activités ont donc été perturbées, comme nos séjours dans le Sud en hiver. Puis, un ou deux mois après son diagnostic, j’en ai aussi reçu un.
J’ai remarqué du sang dans mon urine, alors je suis tout de suite allée chez le médecin. Elle m’a fait passer des examens et une échographie, suivie d’un rendez-vous chez l’urologue. Nous habitons à Pilot Mound, au sud-ouest de Winnipeg, et j’ai dû aller en ville pour mon rendez-vous. L’urologue m’a demandé de voir un spécialiste des reins et, après d’autres examens, le diagnostic a été confirmé : j’avais un cancer du rein droit.
Le septembre suivant, j’ai eu une opération pour retirer le rein, et tout était bien pendant un temps. L’été suivant, en 2021, je suis allée faire du kayak avec ma fille et, de retour à la maison, je suis allée aux toilettes en soirée et j’ai remarqué quelques gouttes de sang. Je me suis affolée et j’ai laissé un message au bureau de mon médecin. Sa réceptionniste m’a rappelée le lundi matin pour me demander de me venir immédiatement. Et un nouveau diagnostic n’a pas tardé : cancer utérin. J’ai été opérée une deuxième fois, en décembre, pour retirer l’utérus.
Mon frère est mort d’un cancer en 2013; il n’a pas eu le temps d’être opéré. Les médecins ne pouvaient rien faire pour lui et il est décédé en l’espace de quelques mois. Alors chaque fois que je recevais un diagnostic, j’étais reconnaissante de pouvoir être opérée. J’avais cette chance, alors je la saisissais. Je me disais « bon, je vais me faire opérer, ils vont tout retirer, j’ai cette chance ». J’ai sincèrement cru que j’allais vaincre cela. Quand on a un cancer, je crois qu’il faut être positif, avoir une bonne attitude et s’entourer de gens positifs.
Après les chirurgies, j’ai eu six séances de chimiothérapie. Cela n’a pas été facile. Après chaque traitement, j’étais bien pendant deux ou trois jours puis je réagissais durement, au point d’être alitée pendant trois ou quatre jours, totalement exténuée et nauséeuse. J’ai gardé un journal tout au long de mon traitement, notant comment je me sentais chaque jour – goût métallique dans la bouche, engourdissement et picotements dans une jambe. J’ai aussi souffert mentalement. Je pleurais beaucoup de façon imprévisible. Je trouvais intolérable d’être alitée, incapable de faire quoi que ce soit. Je ne suis pas du genre à rester assise à ne rien faire. Je suis une personne active. J’ai 73 ans et j’aime être active – le kayak, la pêche, jouer avec mes petits-enfants, voyager avec mon mari, jardiner. Mais ces jours-ci, j’ai moins de force et je ne dois pas m’exposer au soleil.
La perte de mes cheveux pendant la chimio ne m’a pas vraiment dérangée. Mais j’ai participé à des ateliers Belle et bien dans sa peau sur les soins de la peau et les cosmétiques, et c’était magnifique. J’avais besoin de soutien. J’avais la peau sèche, la tête chaude et le corps me démangeait partout. J’ai aimé apprendre sur la crème solaire, le maquillage et la création de sourcils d’apparence réaliste. L’animatrice était terre à terre, les conseils étaient pratiques. Cela m’a beaucoup plu.
L’atelier m’a également aidée à me sentir plus positive. Ce qui me ramène à ce que je disais à propos de l’attitude. Je crois que c’est si important de garder un état d’esprit positif, d’être optimiste, de croire que le traitement fonctionnera et de savoir que je serai de nouveau bien. Pour toute personne qui doute, ce type d’atelier peut aider à donner de l’espoir. Et tout le monde a besoin d’espoir et de trouver une façon de rester positif pendant un cancer.
Peu de temps après mon diagnostic de cancer du sein, j’ai perdu mon emploi. C’était au printemps 2020, et la banque où je travaillais procédait à des réductions d’effectifs majeures en raison d’une restructuration causée par la COVID. J’ai été mise à pied.
Au début, j’ai eu l’impression que tout allait mal en même temps : ce coup dur pour ma carrière, mon diagnostic, une mastectomie partielle entraînant des découvertes surprenantes et décevantes, puis une chirurgie plus importante encore suivie d’un rétablissement compliqué. Ça représentait plusieurs chocs en série. Mais entre tout ce qui se passait, la perte de mon emploi était la meilleure chose qui pouvait m’arriver, car cela me permettait de me concentrer sur mon traitement et de prendre soin de moi.
La mise à pied m’a permis de réaliser enfin un de mes projets, celui de publier mon premier livre pour enfants. J’ai accompli cela pendant mon traitement. Le livre s’intitule The Thing with Wishes, qui raconte le fait d’être reconnaissant de ce que nous avons. Nous pouvons avoir de grands rêves et de grands désirs, mais parfois il faut regarder autour de soi et simplement être reconnaissants de ce que nous avons ici même, en ce moment. Je me suis inspirée, pour cette histoire, de ce que je vivais à ce moment.
Dans la version classique de Pinocchio, la chanson dit « Quand on prie la bonne étoile, nos rêves deviennent réalité ». Toutefois, il arrive que, quel que soit le souhait, la vie ne se déroule pas comme nous l’imaginons. Le cancer n’est certainement pas dans les projets ou les rêves de qui que ce soit. La route a été longue pour moi, depuis le diagnostic en 2020 à la fin du traitement en avril 2022. J’ai fait six séances de chimiothérapie, et une horrible réaction allergique au traitement, puis un mois et demi de radiothérapie. Il y a eu des jours où je me sentais vraiment abattue. Je me suis même demandé si j’allais voir ma fille obtenir son diplôme de huitième année, sans penser à celui du secondaire. Heureusement, je ne pense plus de cette façon aujourd’hui. Je me concentre sur le fait de vivre chaque jour de ma vie du mieux que je peux.
Mon mari, ma fille de treize ans et moi sommes des passionnés de Disney. Nous planifions un voyage une fois par année. En août, nous sommes allés à Disney World, en Floride, et l’anticipation de cette excitante expérience m’a aidée à subir mon traitement. Cette passion m’a également aidée à traverser l’épreuve. Je sais comment trouver du plaisir et de la magie dans une expérience.
Quand j’ai perdu mes cheveux pendant la chimio, ce fut très difficile. Je me suis toujours perçue comme une personne forte, confiante et autonome, mais quand j’ai commencé à avoir l’air malade, les gens se sont comportés différemment avec moi. Ça ne m’a pas plu. Les ateliers Belle et bien dans sa peau m’ont aidée à ne pas avoir l’air malade. J’ai appris à nouer des foulards et à appliquer du maquillage. Et je me suis amusée à le faire. Quand mes amies m’ont demandé ce que je voulais pour Noël, j’ai répondu que je voulais des chapeaux. Et j’en ai reçu plusieurs qui sont splendides – des chapeaux amusants, des tuques pelucheuses et de jolis foulards, et même un chapeau du père Noël rigolo que j’ai porté tout au long des Fêtes. Je prenais des photos bouffonnes avec les chapeaux, que j’envoyais à mes amies. Et mon mari m’a acheté une tuque magnifique dotée de longs cheveux bruns, semblables à mes vrais cheveux, et je la portais pour assister aux matchs de hockey de ma fille. Je me sentais différente, mais je réussissais à avoir du plaisir avec la tuque et cela me donnait de l’assurance.
Ce ne sont pas les grands rêves et désirs qui sont importants, mais plutôt la gratitude pour ce que nous avons aujourd’hui, autour de nous – comme de grands amis, un mari et une fille formidables, et des chapeaux rigolos qui me font sourire.